• Mémoire

    Mémoire

    L'oubli n'existe pas. Je crois que toute parole, action, situation est entreposée dans une partie du cerveau. Ce qui n'est pas activé par l'individu devient de l'oubli, mais ces éléments sont toujours présents dans le cerveau. J'en ai eu la preuve, en ce samedi.

    Je fouillais les rayons de disques de la bibliothèque, quand je vois Dimension M, par Franck Dervieux. J'ai sursauté, puis je me suis demandé pourquoi un tel enregistrement a été réédité. Mes souvenirs de ce disque concernent surtout le fait que c'était un machin profondément introuvable, qu'une partie de ma génération aurait donné mers et mondes pour mettre la main sur cette rareté.

    Franck Dervieux était un pianiste, arrangeur musical pour quelques chansonniers québécois au cours des années 1960, dont Jean-Pierre Ferland. En 1971, il enregistre sa propre musique, avec ce Dimension M, qui sera son seul microsillon, deux années avant son décès. Échec cuisant ! Du style qui ne vend pas 200 copies dans le Québec entier et que la compagnie pillone avant d'atteindre une année sur le marché.

    Or, pourquoi les jeunes du temps ont-ils été tant attirés par ce disque ? Parce que Dervieux y était accompagné par une grande partie du groupe qui deviendra Contraction, qui, pour sa part, sera un chéri des amateurs de "Prog rock". Dervieux jouait sur le premier disque de Contraction, qui reprenait une chanson de Dimension M. Conséquemment, les jeunes cherchaient partout ce 33 tours.

    Dans l'autobus, je regardais les disques empruntés et en mettant la main sur le Dervieux, une petite étincelle a fait éclater l'oubli : j'ai déjà mis la main sur le 33 tours d'origine ! Pas longtemps. C'était au début des années 1980 et j'avais trouvé ce saint graal dans une boutique d'usagés, rue Saint-Denis, à Montréal. Au moment de payer, le gars qui était derrière moi voit le 33 tours et, je vous le jure, il me supplie de le lui laisser, disant qu'il le cherche depuis des années, qu'il est prêt à me donner le double du prix (ronflant, pour un usagé.) Ce gars-là était presque au bord des larmes, je vous assure ! Alors, je lui ai refilé le disque (De toutes façon, j'avais un enregistrement moche, sur cassette.) J'avais totalement oublié cette situation, cette scène !

    Au fait, ce n'est pas un très bon disque...

    CHANSON DU JOUR : Franck Dervieux, Orejana Mater


  • Commentaires

    1
    Dimanche 16 Novembre 2014 à 09:14

    J'adore cette histoire, belle, touchante et généreuse : elle me remue le coeur tant par sa teneur que parce qu'elle parle de mémoire et de souvenirs. Quant à l'expression : donner mers et monde, que je ne connaissais pas (tu l'as inventée ou ça se dit chez toi, parce qu'ici, non) je l'adopte  à jamais.
    Merci !

    2
    Dimanche 16 Novembre 2014 à 09:18

    Oui, c'est une expression qui se dit, au Québec.


    Je crois qu'en se concentrant sur quelque chose, on peut faire éclater les petites étincelles de l'oubli.


    Merci pour cette aimable participation. C'est rigolo, je viens à peine de passer sur ton site de photos et on revennant vers mes Ekla, avant le dodo, je vois Nikole.

    3
    Dimanche 16 Novembre 2014 à 18:35

    Tout comme Nikole ^^

    Notamment l'expression "donner mers et mondes", c'est beau, ardent et fervent, je vois une vieille carte du monde du 16è ou 17è siècle, c'est précieux !

    4
    Dimanche 16 Novembre 2014 à 20:08

    Il y a une chanson où l'expression est utilisée. Je ne croyais pas dire une rareté !

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