• Martin et le père Noël

             

     « Capitaine Comeau, cette mission est très secrète ! Vous ne devez en parler à personne, sauf à votre papa et à votre maman. Si jamais vous êtes capturé, vous ne devrez en aucun cas divulguer les motifs de cette mission ! Au nom du roi de la province de Québec, je vous souhaite bonne chance et que le petit Jésus soit avec vous ! » Je salue le général et pars tout de suite, fier d’avoir comme ordre de délivrer le père Noël, enlevé par les communistes afin que les enfants canadiens n’aient pas de jouets à Noël. J’attelle mes chevaux magiques à ma torpédo et nous nous envolons vers la Russie, qui est un peu au nord de Shawinigan, en tournant à gauche.

              Avant d’atterrir, je prends la précaution de me déguiser en plaçant une fausse moustache sous mon nez, car comme chacun le sait, les Russes portent tous des moustaches, même les enfants. Me voici parmi les communistes. Comme ils sont laids ! Ils ont tous des dents jaunes et crochues, des bosses dans le dos et des gales dans leurs mains. Mon déguisement fait merveille. Personne ne note ma présence. « Où est Moscou ? » que je demande à une vieille femme au visage verdâtre. Avec ses doigts crevassés, elle m’indique l’ouest, tout en croquant dans une crotte de cheval durcie, la nourriture principale des communistes. Pauvre femme ! Si elle connaissait les bienfaits de la religion catholique, elle ne vivrait pas dans cette infecte misère.

              Je marche dans la plaine désertique où il y a un espion derrière chaque arbre. Parfois, j’arrête dans un restaurant pour me ravitailler, mais, hélas ! ces pauvres gens n’ont même pas de Coca-Cola et de tablettes de chocolat. Me voici près de Moscou. Je vérifie si mon tire-pois n’a pas été trop abîmé pendant le long voyage. Je regarde si l’eau de mon pistolet n’a pas gelé. Je marche jusqu’au palais du contremaître en chef des communistes. Je grimpe aux fenêtres des quatre cents étages pour atteindre la prison. Grâce à mon filtre du sommeil, je neutralise deux cent cinquante gardes armés de canons, puis je me dirige vers la cellule où ces lâches ont enfermé le père Noël.

              Pauvre père Noël ! Il a l’air si triste ! On ne le nourrit qu’au pain sec, à l’eau et aux navets. Sans doute a-t-il été maltraité, torturé, chatouillé sous les pieds. Sa grosse poche de jouets semble vide. « Ah, te voici enfin, Martin ! Je savais que tu ne m’abandonnerais pas ! » Ému, je me blottis contre lui en suçant mon pouce. Mais pas trop longtemps ! Il faut organiser notre fuite avant que les communistes ne fassent appel à du renfort. Nous coulons le long des couloirs, nous nous faufilons parmi les files de soldats médusés par notre camouflage de couleur mur. Soudain, alors que nous arrivons près du garage où est stationné le chariot du père Noël, trois mille communistes armés se dressent devant nous ! Courageusement, après un combat de deux minutes, j’arrive à bout de ces ennemis.

              « Vite ! Vite, père Noël ! Il ne nous reste que trois heures pour nous rendre chez Fortin à Trois-Rivières ! » Les rennes de mon grand ami s’envolent aussitôt et nous chantons des airs de Noël tout le long du trajet. Nous devons faire un détour par le pôle Nord pour chercher les jouets. « Martin, tous les enfants du Canada et du monde entier te doivent une fière chandelle de Noël. » Je n’ai fait que mon devoir, comme d’habitude, et pourtant je sens une fierté particulière à avoir rempli cette mission périlleuse.

              « Martin, mon grand homme ? Qu’est-ce que tu fais sous le lit ?

              - Rien, maman. Rien.

              - Tu vas être sale pour la parade du père Noël. Tu sais qu’il n’aime pas les enfants qui ont des culottes tachées. Sors de là, il faut partir. Le père Noël ne t’attendra pas. Il a beaucoup d’enfants à rencontrer.

              - C’est grâce à moi s’il est là. Il peut bien attendre deux minutes.

              - Oui, oui, bien sûr. Allez ! Dépêche ! »   

    Mario Bergeron, Contes d'asphalte, 2001, pages 337 et 338

    CHANSON DU JOUR : 23 Décembre, par Beau Dommage


  • Commentaires

    1
    fanfan76
    Lundi 21 Juillet 2014 à 14:42

    J'aime beaucoup tes récits des enfants qui jouent, quelle imagination, ils ont! fanfan

    2
    Lundi 21 Juillet 2014 à 18:05

    Ces textes Martin - il y en aura douze - sont les débuts des chapitres de mon roman Contes d'asphalte, que je suis en train de corriger, et présentent la mème démarche : Martin joue et dans son imagination se déroulent des scènes d'héroïsme au superlatif. Le tout se déroule au cours des années 1950.

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