• Martin et la nourriture

    Martin et la nourriture

             

    Quelle journée épouvantable ! Rien n’a fonctionné comme il faut à l’usine. Comme si je n’avais pas assez de la bêtise du contremaître, je me suis coincé un doigt dans une porte. En sortant, j’avais une contravention dans le pare-brise de mon automobile et le boulevard Normand était bloqué. En descendant de mon véhicule, je mets les deux pieds dans une flaque de boue. Quelle journée à oublier !

              Heureusement qu’en entrant à la maison, les enfants sont sages devant leurs cahiers d’école. Mon épouse m’accueille avec un baiser et s’empresse de me donner mes pantoufles, mon journal et ma pipe. Ah, la douceur du foyer ! Exactement ce dont j’avais besoin pour oublier mes malheurs des heures précédentes. Ma femme me mijote un de ces petits plats dont elle seule a le secret. Hmmm ! Humez-moi cette odeur ! Arôme sweet arôme ! Les enfants ne se font pas prier quand maman nous crie de venir souper. Nous nous installons devant cette table impeccablement mise, avec les couteaux et les fourchettes aux bons endroits. Chaque jour, je remercie le bon Dieu de m’avoir fait épouser une femme aussi dépareillée.

              Elle nous sert d’abord une soupe au poulet. Cette soupe ! La meilleure en ville ! Ma femme tient sa recette miracle de sa mère, laquelle en avait hérité de sa grand-mère, etc. Les enfants se régalent. Je félicite mon épouse par un beau sourire. Une femme sait apprécier un geste si délicat. Les enfants la remercient poliment pour cette entrée royale. Voilà le plat de résistance : un pâté chinois ! Un vrai de vrai ! Avec des pommes de terre à point, des petits pois sautés au beurre, du blé d’Inde tendre, des tomates juteuses ! Et cette platée de légumes, juste sous nos yeux ! Tous des aliments sains du jardin cultivé amoureusement par ma femme. Des radis – comme j’aime les radis – des concombres, des céleris ! Nous n’avons d’autre choix que d’en demander encore. Puis arrive le dessert, couronnement divin d’un repas si majestueuxm ! Ma femme est championne en dessert et tous les enfants du quartier envient les miens d’avoir une maman si douée pour préparer les plus délicieuses sucreries. Aujourd’hui, elle nous offre des…

              « Les enfants ! Venez souper !

              - On vient de manger, maman !

              - Quoi ?

              - Regarde ! Je joue au papa et à la maman avec Yvette et on vient de se payer un de ces repas qui…

              - Martin ! Yvette ! À table ! Et vite ! »

      

    Mario Bergeron, Contes d'asphalte, 2001, pages 317 et 318

      

    CHANSON DU JOUR : Les petites patates, par Oscar Thiffault

     


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