• Martin et la baleine

    Martin et la baleine

             

     « Capitaine Martin, l’ennemi est en vue, à quelques milles de notre navire », de s’écrier un brave matelot. Je descends rapidement sur le pont, prends mes lunettes d’approche et surveille le destroyer communiste qui cause tant de mal aux baleines et émeut l’opinion internationale par ses gestes insensés. Je sais qu’ils ne veulent pas négocier. C’est pourquoi le président du Canada, le premier ministre de Trois-Rivières et mon père ont fait appel à moi pour mater ces vilains. Sans raison, les communistes ont décidé de tuer toutes les baleines de l’océan Pacifique. Leur œuvre de destruction est presque complète : il ne reste qu’une baleine dans cette mer. Si je ne les arrête pas tout de suite, ils s’attaqueront ensuite aux baleines de l’Atlantique, puis à celles du fleuve Saint-Laurent et mêmes à celles de la rivière Saint-Maurice, tout près de chez moi. Je sens sur moi les regards inquiets et questionneurs de mon équipage. Tous attendent ma stratégie ultime qui empêchera les communistes de s’en prendre à la baleine. Le Pacifique est houleux. Il n’a pas fait une très belle température, depuis ce dernier mois. La mer peut se montrer si cruelle ! Le navire communiste nous envoie des signes : « Allez-vous-en ! » Nous leur répondons : « C’est vous autres qui avez commencé en premier ! Déguerpissez! »

              « Capitaine Martin ! Capitaine Martin ! Regardez! Là ! La baleine fait surface ! » Quelle imprudente bête ! Cette inconsciente se dirige tout droit vers le navire communiste ! J’ordonne quelques coups de canon pour l’effrayer et l’éloigner du danger. Rien à faire ! Cette imbécile nage gaiement vers son trépas. Vite, j’opère une manœuvre à droite ! Pleins gaz, courageux matelots ! L’ennemi, se rendant compte de mon plan, accélère en notre direction. Le mouvement furieux de nos navires, conjuré à cette mer déchaînée, fait palpiter nos cœurs. Au milieu de notre trajectoire se trouve la baleine. J’ordonne à mes braves de descendre aux barques et d’entourer le mammifère. Les communistes n’oseront pas tirer sur des matelots, de peur de provoquer une autre guerre mondiale. La tension devient forte ! Mais une vague fait chavirer notre barque ! Dix hommes à la mer ! Je plonge rapidement pour tous les sauver !

              Je remonte, puis surveille chaque mouvement des communistes. Voilà douze heures que nous nous regardons ainsi, nos canons pointant ceux de l’ennemi. La mer devient furieuse et, soudain, la baleine reprend sa route vers le destroyer des communistes. Je prends mon mégaphone et lui crie : « Petite ! Petite ! Viens par ici ! Pas par là ! » Rien à faire ! C’est probablement une baleine sourde. Aussitôt les canons communistes la pointent et j’ordonne à mes hommes un coup d’avertissement près de leurs flancs. Je tente un rapprochement, mais l’ennemi nous riposte avec une salve impolie qui passe près de nous couler vers les profondeurs. Quelle rude guerre des nerfs ! Quelle pression insoutenable !

              « Martin ! Sors de la baignoire ! Ça fait une demi-heure que tu y trempes! Le bain, c’est fait pour se laver, pas pour jouer avec tes bateaux et la baleine en plastique de ta petite sœur ! Enlève ces jouets de l’eau, sèche-toi en vitesse ! Les visiteurs vont arriver !

              - Une minute, maman ! Le combat est capital !

              - Tout de suite, Martin ! »

      

    Mario Bergeron, Contes d'asphalte, 2001, pages 297 et 298

      

    CHANSON DU JOUR : Tous les bateaux font des vagues, par Francine Raymond

     


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