• Martin cow-boy

     

             

    Martin cow-boy

     Tout à coup, des cris stupéfiants retentissent au fond de la plaine et mon cheval se cambre tout en hennissant. Ce sont les Apaches, les Comanches et les Iroquois qui sont sur le sentier de la guerre ! Ils foncent tout droit sur Dodge City, où mon frère est prisonnier du shérif malhonnête, de mèche avec le tenancier du saloon où travaillent comme danseuses de pauvres petites orphelines du village. Et Doc Earp, Jesse Kid et Billy the Gladu qui sont à mes trousses ! Que faire ? Un guet-apens ! Voilà la solution !

              Je fonce vers l’Ouest ! Va vers l’Ouest, jeune homme ! Je sais que ce chemin est plus long pour arriver à Dodge City pour prévenir ses habitants de l’attaque indienne, délivrer mon frère du shérif malhonnête, protéger les orphelines, mais j’ai confiance en mon cheval Lassie. C’est le coursier le plus rapide de l’Ouest. Tous les cow-boys me l’envient. Combien de fois ai-je dû punir des bandits qui voulaient s’emparer de Lassie pour le vendre aux rebelles mexicains ?  Fonce, Lassie ! Fonce ! « Ouiouioui » hennit-il. Le bruit de ses fers sur la prairie est assourdissant. Je sens l’effort incessant de Lassie. Ya ! Ya ! Ya ! Ouiouioui ! Et clap, clap, clap ! Derrière moi s’élève un nuage de poussière faisant shh ! shh ! shh ! Les cris des tribus indiennes s’intensifient : Wou ! Wou ! Wou !

              Soudain, je croise Buffalo Richard qui conduit à toute vitesse des wagons de colons vers l’Oklahoma. « Nous sommes poursuivis par des Sioux sanguinaires. Leur chef, Putois Galeux, est en colère contre le tenancier du saloon de Dodge City qui lui a vendu de l’eau de feu de mauvaise qualité. » J’explique rapidement la situation à Buffalo Richard. Il faut prévenir les citoyens innocents de Dodge City ! Mais nous sommes encerclés ! Nous devons faire face au danger ! Les chariots se mettent en course, leurs roues craquent comme le tonnerre. Une roue de wagon tombe. Boum ! Vite ! Vite, Lassie ! Ouiouioui.

              Nous approchons de Dodge City. Je n’entends plus le silence de la prairie ! Ce bruit infernal ! Ce bruit qui me tue ! Les quatre tribus indiennes, les coups de feu des trois bandits, le grondement des chariots ! Les hennissements des chevaux au galop ! Soudain, par-dessus tous ces bruits, celui d’une trompette ! Dieu soit loué ! Voilà la cavalerie du général Junior Custer ! Ils s’occuperont des Peaux-Rouges. Buffalo Richard décide de régler personnellement le cas du tenancier de saloon, pendant que je délivrerai mon frère de prison. Avant, je dois neutraliser les bandits. Lassie continue sa route à toute vitesse quand, soudain, une balle siffle et fait tomber mon beau chapeau blanc dans la poussière ! C’était Doc Earp et Jesse Kid, cachés derrière un cactus. Ils me mitraillent ! Pan ! Pan ! Pan ! Ils m’atteignent à l’épaule ! Je tombe de Lassie ! Nonnonnon.

              « Ton heure vient de sonner, serpent ! » de faire Doc, en s’approchant de moi, de la démence dans le regard et un cigare puant au coin des lèvres. Il dégaine, mais je suis plus rapide que lui ! Adieu, Doc Earp ! L’Ouest pourra enfin vivre en paix ! Jesse Kid vient pour répliquer et me tirer dans le dos, mais je l’abats comme un chien ! Il titube pendant trente minutes avant de s’effondrer dans le sable ! Adieu, Jesse Kid ! L’Ouest pourra enfin vivre en paix ! Je me traîne jusqu’à Lassie. La douleur de ma blessure est intense, mais le désir d’accomplir mon devoir l’est davantage. À Dodge City, je me ferai soigner par le médecin alcoolique, ne désirant qu’une autre chance pour se racheter. Ensuite, je… Oh ! une balle m’atteint à la jambe, une autre au bras gauche et une dernière m’arrache le cuir chevelu. Je tombe en hurlant ! Je sens ma dernière heure venue. J’entends les bottes et le rire de Billy the Gladu qui avance pour me loger une balle de son colt dans le crâne. Il me donne un coup d’éperon en plein visage en riant. Maudit Billy the Gladu sale. Je suis fichu ! Il approche son arme de ma tête en se moquant de moi ! Il la pointe vers ma bouche en ordonnant : « Ouvre ! Ouvre ! » Je refuse ! Je lutte ! « Ouvre ! Ouvre! » Jamais ! Jamais !

              « Ouvre ! Vas-tu finir par ouvrir, Martin ?

              - Non, m’man ! C’est mauvais !

              - Comment veux-tu que je soigne ton rhume si tu refuses d’ouvrir la bouche pour prendre ton sirop ? Ouvre grand ! Tout de suite !

              - Je meurs… »

     Mario Bergeron, Contes d'asphalte, 2001, pages 409 à 411

    CHANSON DU JOUR : Cow-Boy, par Jean Leloup


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