• Jean-Marc Paradis

     

    Jean-Marc Paradis

    Lors de mon bacc à l'université, je voyais souvent un vieil homme hanter les couloirs de l'institution, marchant à petits pas, les cheveux rares et blancs, la peau du cou plissée. Je savais que cet homme était un prof d'histoire, mais j'ignorais son nom. Je pensais surtout qu'il était beaucoup plus vieux que les autres enseignants.

    Après la fin de mon bacc, comme je n'avais pas d'emploi en enseignement, je m'étais inscrit au bacc en histoire, comme simple passe-temps et aussi parce que j'adorais cette sphère. Un de mes premiers cours concernait l'histoire politique du Canada. En entrant dans le local, le vieux était là. Je m'attendais à des exposés dortoirs, mais dès les premières minutes, cet homme m'a jeté par terre : non seulement il débordait de dynamisme, mais il avait une voix ferme et radiophonique, gesticulait beaucoup et, je m'en rendrai compte rapidement, il émettait des opinions, ce que jamais les profs d'histoire ne faisaient. De plus, il avait un sens de l'humour aiguisé. En fait, cet homme était moins âgé que je ne le croyais. La haute cinquantaine, mais il avait le physique d'un retraité de 75 ans.

    Son nom m'a fait sourciller : Jean-Marc Paradis. Hé ! J'avais lu son livre sur l'histoire du baseball à Trois-Rivières plusieurs fois. Au fil de nos échanges pendant les pauses, j'apprendrai qu'il fut un gourou de l'univers de ce sport : président de Baseball-Québec, membre du bureau de direction des Aigles de la ligue Eastern, arbitre, marqueur officiel, tant de choses.

    Le deuxième travail de session concernait le légendaire premier ministre canadien Wilfrid Laurier. Comme je n'avais rien à perdre à ce moment-là et que j'avais vite noté l'humour de monsieur Paradis et aussi son aspect marginal, j'avais débuté le tout par une phrase qu'on ne voit jamais dans ce type d'ouvrage : "Wilfrid Laurier, c'est le gars dont on voit la tête sur les billets de dix dollars." De plus, je n'avais mis aucune référence, utilisant la paraphrase. Un peu plus tard, je croise monsieur Paradis dans un couloir et il me fait signe de le suivre dans son bureau pour m'avouer que ma phrase initiale l'avait fait éclater de rire, que mon travail était original, "enfin hors des sentiers battus." J'ai obtenu la note maximale.

    J'allais développer une belle relation avec cet homme, un rare passionné d'histoire et de baseball. Chaque fois que je le croisais, nous ne parlions que de ces deux sujets. Il avait des opinions sur tout, avait prévu le départ des Expos de Montréal, l'échec de la ligue canadienne de baseball. J'étais alors à la Maîtrise et du Doctorat et monsieur Paradis ne m'a jamais guidé, mais il demandait des nouvelles de mes recherches et se permettait un conseil amical. Je l'ai vu une dernière fois en 2003, lors d'un lancement de livre. Jean-Marc Paradis est décédé au moment où il prenait sa retraite.

    Jamais je n'oublierai cette voix franche, sa drôlerie et ses moues quand je prononçais le nom de Mark McGwire, le Rambo des Cards de St-Louis, qu'il accusait d'être bourré de stéroïdes des pieds à la tête. Je sais qu'il a légué son imposante bibliothèque à un étudiant qu'il admirait et que la recherche sur microfilms de journaux pour le livre sur l'histoire du baseball à Trois-Rivières avait été accomplie non par des étudiants de l'université, mais pas des adolescents en difficultés. Jean-Marc Paradis était un homme formidable, une perle rare d'humanité dans l'univers guindé de l'université.

    CHANSON DU JOUR : C'est pas l'paradis, par Luc de Larochellière

      


  • Commentaires

    1
    fanfan76
    Mardi 29 Juillet 2014 à 17:34

    Tu as eu la chance de croiser cet homme que tu admirais beaucoup et à juste titre, fanfan

    2
    Mardi 29 Juillet 2014 à 18:21

    De ces douze années à l'université, je ne retiens en mémoire que trois profs marquants.

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